Analyse: Mory SANGARE sur les traces laissées par K au carré

0

« Les orteils des jeunes doivent se poser sur les traces laissées par les anciens », nous enseigne le vieil adage. Sauf que dans le présent cas de figure-la situation actuelle de l’éducation-, il ne s’agit pas de valeurs socio-cultuelles, ni d’héritage intergénérationnel. Même si, comme on le clame en longueur de journée : « l’administration est une continuité. » Mais, pas n’importe laquelle !

On ne saurait oublier, si vite, le caractère fougueux et le leadership autoritaire du précédent ministre de l’éducation nationale et de l’alphabétisation (MEN-A), Ibrahima Kalil KONATE dit K au carré. A sa prise de fonction, il avait promis au chef de l’Etat, Pr Alpha CONDE, qu’il n’y aurait plus de grève en Guinée ; en tout cas, dans le secteur de l’éducation. Car, il était prêt à « mâter » et à « radier » les éventuels grévistes. On connait bien la suite du feuilleton ! Le Professeur Président et le gouvernement étaient tellement débordés qu’on a été contraint de recevoir, Aboubacar SOUMAH, « le rebelle » et ‘’ses hommes’’ au palais Sekoutoureya et de se plier à leur revendication à l’époque (40% d’augmentation salariale). K au carré fut lui-même tellement agacé qu’il a été incapable de lire correctement le montant global du budget prévisionnel 2018 de son département. Quelle honte !

L’actuel ministre, Mory SANGARE, à la surprise générale, a succédé à K au carré dans le but, certainement, de faire face aux crises récurrentes dans le secteur de l’éducation nationale et de relever les multiples défis pour qu’enfin, nous ayons une « éducation de qualité » en Guinée.
Pourquoi n’y arrive-t-il pas jusqu’à présent ? Telle est la grande question qui nous interpelle tous !

En effet, il faut tout d’abord noter que les deux ministres (l’actuel et son prédécesseur) ont quelques points en commun malgré que Mory SANGARE soit visiblement plus humble. Ils sont impulsifs, enseignants moyens, autoritaires, syndicalistes (membres du SLECG originel) et militants de très longue date du parti au pouvoir (RPG originel).
Dès sa nomination, nombre d’observateurs avertis avaient parié qu’il (Mory SANGARE) ne ferait pas de miracles. En d’autres termes, il ne ferait pas mieux que son prédécesseur. Il est sur le point de leur donner raison.
K au carré, nonobstant son caractère moins rassembleur et son omniprésence dans les médias, avait posé quelques jalons salutaires, notamment : la suppression des notes de cours aux examens, l’interdiction de l’internat en période d’examens, la décentralisation de l’examen d’entrée en 7è et du BEPC,…
On se demande bien : quelle est la touche apportée par Mory SANGARE après plus d’un an passé à la tête du MEN-A ? Tout ce qu’on sait, c’est qu’il a adopté la même posture que son prédécesseur face aux crises récurrentes qui assaillent le secteur dont les « grèves générales et illimitées » déclenchées par le SLECG d’Aboubacar SOUMAH : mépris, menaces, arrestations, zèle de salaires,…Que sais-je encore ?

Pis, les 27 et 28 janvier dernier, il s’est permis de recevoir, avec son homologue de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, Lansana KOMARA, les exclus du bureau exécutif du SLECG d’Aboubacar SOUMAH (les camarades Oumar TOUNKARA et Mohamed BANGOURA) et des structures syndicales non signataires du protocole d’accord du 10 Janvier 2019 (SNE, SLECG de Kadiatou BAH, FSPE,…) pour, dit-on, discuter de l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants. Des négociations qui ont abouti à la signature d’un nouveau protocole d’accord déjà voué à l’ironie et rejeté en bloc par le syndicat qui a déclenché la grève (le SLECG d’Aboubacar SOUMAH). Beaucoup considèrent les « primes d’incitation » dont on se targue de « primes d’agitation ».

En attendant les prochains épisodes du feuilleton, il serait mieux pour Mory SANGARE et la partie gouvernementale dans son entièreté de changer de paradigme en ouvrant un dialogue franc et sincère avec le syndicat signataire du protocole d’accord du 10 janvier 2019 et déclencheur de la « grève générale et illimitée » du 09 janvier 2020. Car, ces crises récurrentes n’ont fait que trop duré et le système éducatif guinéen, très moribond, en paye le plus lourd tribu.

Aboubacar Mandela CAMARA
Sociologue/Consultant en éducation/Auteur

Share.

Leave A Reply