Opinion: “Caution pour les législatives, une sélection avant l’élection !”

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Le communiqué N° 248 de ce 18 décembre signé du président de la commission électorale nationale indépendante CENI, a fixé le montant du cautionnement des candidatures aux élections législatives prochaines ainsi que le plafond des dépenses pour les parties politiques appeler à concourir.

La caution est de 50 000 000 pour la candidature à l’uninominal et 200 000 000 pour la liste à la proportionnelle. Soit respectivement à peu près 5 000 et 20 000 euros.

Si la forme ne déroge pas aux dispositions de l’article 172 du code électoral en vigueur, le fond est légitimement discutable au regard des objectifs poursuivis et de la nature de l’élection elle-même.

Cette élection annoncée a tout l’air d’une sélection que la CENI tente d’organiser en dépit des nombreuses irrégularités et en violation des dispositions de la loi.

La démesure des cautions est un élément à l’intérieur d’un imbroglio d’indices et de facteurs restrictifs qui démontrent que notre pays se dirige tout droit vers une assemblée oligarchique et monocolore ou presque. Le président de la CENI, seul maitre à bord, depuis le retrait des commissaires de l’opposition, nous dirige t’il vers un scenario béninois, un scrutin législatif avec seulement deux partis en lice ?

Il faut oser le dire, ces montants de cautionnement manifestement disproportionnés constituent une distorsion énorme du point de vue économique et financier entre le parti au pouvoir et les partis de l’opposition surtout les plus jeunes partis qui ont un faible budget et ne bénéficient d’aucune aide de l’Etat. On y voit une volonté manifeste d’exclure des sérieux concurrents politiques qui, contrairement au parti au pouvoir, n’ont pas et ne mettraient pas la main au trésor public.

Avec ces montants faramineux, il sera bien difficile pour plusieurs formations politiques de présenter des candidats dans l’ensemble des circonscriptions électorales du pays, (50 000 000 GNF X 38) sans parler de la liste nationale. Pourtant, notre assemblée nationale est censée représenter voire ressembler au corps électoral, à la société dans ses dimensions politiques et sociologiques. La pluralité des idéologies politiques, la diversité des origines sociales et les catégories socio professionnelles devraient être représenter dans l’hémicycle.

On peut s’interroger sur quels critères d’appréciation s’est fondé la CENI pour fixer ces montants dans un pays ou la plus grande majorité de la population est soit agriculteur, éleveur, artisan ou ouvrier et la rémunération minimale des rares salariés n’atteint pas les 500 milles GNF soit 40 euros. Et ce, c’est sans parler du chômage de masse.

Ceci dénote qu’il est bien difficile, de servir la nation quand on vient d’un milieu populaire ou modeste en Guinée quand bien même on aurait une excellente formation et une bonne expérience avec la plus grande détermination. Pour être candidat à la députation, il faut appartenir aux réseaux du pouvoir et tisser des liens qui dépassent la sphère politique. Développer un sens du clientélisme, de l’affairisme, ou devenir les lèches botes des petits despotes au pouvoir dans l’espoir d’empocher l’argent du contribuable guinéen.

Kouradia Diallo
Conseiller à l’implantation MoDeL France

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