Guinée : anatomie d’un régime qui vide la démocratie de son sens (analyse)

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Faut-il se taire ? Parler ? Pourquoi ? Et pour quel effet ? 

Face aux tueurs de la République, ni le silence, ni l’inaction ne sauront plier de manière définitive le pouvoir et ses affidés. Chaque jour, un jeune tombe. Chaque jour, une partie de la population subit douloureusement la haine du démocrate d’hier devenu tyran d’aujourd’hui.

Sur Facebook comme ailleurs sur les réseaux sociaux, je constate hélas, des propos disproportionnés, des manipulations malencontreuses et un mensonge d’Etat éhonté. Les victimes de violences policières sont systématiquement qualifiées, notamment par le gouvernement qui voit ses jours comptés, de bandits, de provocateurs voire de loubards. Un permis de tuer est délivré et les mercenaires du régime Condé sont de bons élèves des tirs ciblés et à balles réelles en direction de la population civile désarmée. Tirs qui ont ôté la vie d’une trentaine de personnes depuis la mi-octobre 2019 ; cela sans compter les jeunes qui ont été sauvagement tués à Zogota et partout dans le pays, depuis l’arrivée en 2010 du premier président « démocratiquement élu » de la Guinée.

Il y a dans ce pays fort malheureusement, des gens qu’on n’aime pas et qu’on fait assassiner sous les yeux impuissants de nos mères. Leurs filles, leurs fils sont lâchement arrachés par ceux qui sont censés les protéger. Elles pleurent. Elles vivent maintenant dans une infinie douleur, du fait de la volonté d’un homme et ses fidèles de s’accrocher au pouvoir jusqu’à sa mort prochaine. Une douleur inqualifiable.

L’heure est venue de choisir. Se cacher derrière un clavier, observer ou sortir. Partout. En Guinée comme à l’étranger pour exprimer son opposition. Blaise Compaoré (Burkina Faso), Robert Mugabe (Zimbabwe), Abdelaziz Bouteflika (Algérie), Omar el-Béchir (Soudan) …, ces dictateurs qui tuaient à loisir leurs populations et réprimaient à sang toute once de contestation alors qu’ils se faisaient appeler des démocrates, sont aujourd’hui dans la poubelle de l’histoire. Alpha Condé a déclaré, en référence à ces présidents fantômes, que dans leur pays beaucoup ont manifesté, des gens sont tués, mais il y a eu un 3e mandat. Sous-entendant ainsi, qu’il en fera de même et il le fait d’ailleurs. Disons-le plus fort, plus haut, comme eux, il sera lui aussi dans la poubelle de l’histoire. C’est le destin ! On n’y peut rien. Sinon, pour son projet qui fait des victimes, nombreux sont des gens, guinéens comme étrangers (je n’aime pas ce terme), lui en ont dissuadé.

Tout le monde (c’est une ambition) doit s’engager. Il faut se coaliser pour qu’une bonne fois en Guinée, plus jamais un homme en uniforme ne tire à balles réelles sur la population civile, plus jamais on n’assiste à l’avènement d’homme soi-disant fort, plus jamais nos cœurs ne saignent au nom du monopole de la violence légitime, plus jamais nous ne vivions dans la terreur comme dans la bande de Gaza.

En Guinée, les jours passent, les mêmes événements se répètent. Oui, l’histoire se répète. Et comme hier, une partie de la population se mure dans le silence. Peulh, un nom, une histoire et une communauté qu’il convient dorénavant d’effacer dans le dictionnaire du gouvernement. Jeune de l’axe, vus comme des ennemis et pas comme les fils du pays, sont pourchassés et accompagnés dans les cimentières remplis de victimes de la répression d’un Etat aux abois, d’une autorité à la dérive.

Pleurer ou agir ? Se taire ou être dans l’action ? L’urgence d’agir s’impose ! Je suis du côté des faibles. Je suis du côté des victimes qui, chaque nuit, se demandent pourquoi eux ? Qu’ont-ils fait ? Je suis du côté de ceux qui portent maintenant les stigmates d’une République à l’agonie.

Les tueurs de la Républiques, ils rendent plus sombres, encore et encore, nos nuits déjà sans étoiles.

Les luttes d’aujourd’hui nous ôteront peut-être la vie ou nous rendront infirmes à vie. Dans une dictature, c’est le prix à payer. Nous menons les luttes que nos devanciers ont tenté mais n’y sont pas parvenus. C’est l’histoire. Nous retenons aujourd’hui d’eux, qu’ils ont au moins essayé. Il appartiendra à chacun.e de nous de lutter pour ses enfants. Pour que ceux-là goûtent à la liberté et vivent dans un Etat de droit. Nous représentons le dernier fil conducteur, le dernier rempart face à cette politique déstabilisatrice du pouvoir moribond et difforme d’Alpha Condé.

Mohamed Diané, Kassory Fofana, Kiridi Bangoura, Albert Damantan Camara et Cie ont une vision du monde vieille de 30 ans. Elle est dépassée et vermoulue. Leur volonté de se maintenir au pouvoir et momifier ainsi un homme est à l’antipode de la civilisation dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Notre génération et la leur sont antagoniques de manière systémique. Nous sommes une émanation de la démocratie et nous défendons les valeurs de libertés individuelles, de liberté d’expression, complètement bafouées en Guinée. Nous sommes l’étendard, les porte-paroles légitimes d’une nouvelle Guinée et nous devons ensemble la dessiner et l’écrire. Nous avons au pouvoir un régime répressif à l’intérieur. Seules nos luttes pourront précipiter sa chute telle une feuille morte.

Les armes que nous avons en 2020 sont redoutables. La technologie aidant, nous pouvons nous faire entendre comme les algériens. Nous pouvons faire partir un homme comme les burkinabés et les soudanais. Il faut savoir les utiliser. Facebook est un média comme un autre. Il faut aller au-delà. Les communiqués de presse sont un outil comme les autres, il faut imaginer d’autres, qui existent par ailleurs. FNDC existe, c’est bien. A-t-on pensé à créer des mouvements par catégorie de population ? Des étudiants aussi peuvent s’unir et créer l’arc-en-ciel de la révolution.

Manifester chaque jour/semaine est certes bien. Toutefois, d’autres moyens constitutionnellement établis/acceptables existent, explorons-les. La stratégie se joue à ce niveau. Il faut passer à l’offensive : la tactique. La communication est un moyen qu’on utilise en dernier ressort. Elle viendra agrémenter des actions pensées en amont. Il faut travailler avec des gens qui savent de quoi ils parlent, bénévolement. C’est ainsi qu’on réussira à faire partir ce roi et sa cour et respirer la démocratie dans son meilleur jour. Alpha Condé n’est pas un homme fort. Il est fort de quelque chose et c’est ce qu’il faut identifier et neutraliser.

Bonne lutte !
Kossa CAMARA

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