Tribune : La vie du Guinéen est-elle un jeu pour le pouvoir public ? (Par Mamadou Adama Barry)

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La Constitution guinéenne stipule en son article 10 que « Tous les citoyens ont le droit de manifestation et de cortège. (…) ». Mais pourquoi réprimer un droit reconnu à un citoyen guinéen de montrer son ras-le-bol face à un pouvoir qui veut imposer sa dictature dans un pays qui se veut démocratique ? Pour bon nombre de compatriotes y compris ma personne, disons non à cette attitude qui ne fait que prendre de l’ampleur dans la cité.

La manière la plus efficace pour s’opposer à une quelconque décision reste la ‘’Manifestation’’. Mais en Guinée, le pouvoir public n’entend pas voir cette situation au pays. Pourtant il (Etat) est l’un des principaux violeurs des principes démocratiques et des lois de la République. Interdire une manifestation ou encore réprimer une manifestation de façon violente ne devrait pas intervenir en Guinée actuellement. Mais hélas !

Depuis près de 10 ans (2010-2019), des opposants au régime d’Alpha Condé organisent des manifestations, marches et encore des villes mortes pour protester contre les violations des lois de la République et exigent leur application stricte. Cependant toutes ces invitations à une protestation ont toujours généré des conséquences néfastes pour le pays à l’échelle nationale et internationale : perte en vies humaines, dégâts matériels importants, retour des investisseurs dans leurs pays respectifs, la corruption, l’émigration clandestine des jeunes, etc.

De 2011 au 30 octobre 2018, 98 morts sans justice sont enregistrés. Des personnes tuées par ceux qui sont censés nous protéger. Des jeunes qui tombent comme des mangues en période hivernale. Je suis attristé, meurtri, désespéré ou encore plus écœuré de constater que mes compatriotes soient injustement abattus au su et au vu de l’opinion nationale et internationale.
De ce 30 octobre 2018 à ce 15 octobre 2019, plusieurs autres tueries sont intervenues où nous sommes passés de 98 à près de 110 voire plus. Toutes ces personnes dont l’âge varie entre 16 et 35 ans ne sont que des combattants de la démocratie qui aspiraient voir une Guinée unie et prospère. Mais ce rêve dont ils avaient toujours gardé en mémoire est aujourd’hui transformé en cauchemar.
La vie du Guinéen est-elle un jeu pour le pouvoir public ?

Suite à plusieurs tueries, tentatives d’intimidations, des arrestations arbitraires, des séquestrations, des confiscations des libertés fondamentales, des répressions sans cesse, des interdictions des manifestations (réunion politique, familiale, associative) ou toute autre forme d’attroupements, l’on se demande toutefois si la ‘’Vie du Guinéen est-elle un jeu pour le pouvoir public’’ ? Plus d’une année de cela, cette interdiction (manifestation) est faite pour barrer à tous ceux qui sont opposés au régime du président actuel, professeur de Droit à l’International, Alpha Condé pour s’octroyer un 3 mandat où encore aller à un référendum.
La protection et la promotion des droits humains restent une obligation pour tout pays qui a ratifié les textes internationaux relatifs au respect des D.H. Mais sur ce, la Guinée est loin d’être sur cette liste des pays démocratiques. Il (pays) viole de façon flagrante l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qui stipule : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit… ». Pourquoi ne pas respecter ce principe ? Pourquoi cette supériorité excessive ? Pourquoi cette attitude anti-démocratique ?

Plus loin, la DUDH dans son article 3 parle plus fort aussi pour dire : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ». Une chose que les gouvernants guinéens devraient mettre en évidence.
D’autres événements sont encore plus douloureux et révoltant d’ailleurs. Le 28 septembre 2009 marque une date historique et sombre pour le peuple de Guinée. Une date où des hommes politiques, acteurs de la société civile et citoyens manifestaient leur ras-le-bol contre la candidature de Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle de 2010, pendant lequel environ 150 personnes ont été tuées, des dizaines des femmes violées, environ une centaine des disparus et des blessés, des séquestrations, des arrestations illégales et des dégâts matériels importants. Cette atrocité est qualifiée par certains défenseurs des droits humains des crimes contre l’humanité même si certains responsables étatiques pensent que ces crimes ne sont que des crimes ordinaires. Mais 10 ans déjà, aucune suite favorable n’est visible sur ce sujet. Ceci dit que la Guinée a des champs à cultiver pour rétablir les Guinéens dans leur droit. La justice doit jouer son rôle régalien sans partie prise au lieu de rester muette.

Pendant que les autres pays de la planète par exemple, le Rwanda, le Sénégal, la Chine, le Japon envoient leurs jeunes ailleurs pour se former et revenir servir leurs pays respectifs, la Guinée continue du jour au lendemain d’envoyer leurs fils dans des différents cimetières à Conakry et à l’intérieur du pays. C’est une honte internationale. Ces derniers temps, trois élèves Rwandais ont mis à disposition une application anti-corruption pour traquer tous les malhonnêtes mais en Guinée, les jeunes sont traités des voyous, des paresseux, des incompétents, que sais-je encore. Pourtant, tout peut être possible si toutefois, les conditions minimales sont remplies devant les permettre de booster leurs compétences.

Chers dirigeants, respectons la vie humaine et les lois de la République
Comment se fait-il un ministre de la République, après une année de sa décision prise parle autrement de n’avoir pas pris cette décision ? Eh la Guinée, cette action est éhontée et une insulte à la nation.

Nous, citoyens avertis sur l’évolution du monde en cette ère des nouvelles technologies de l’information et de la communication, qui dénonçons les violations des droits de l’homme, condamnons aussi fermement ces actes de barbaries enregistrés toutes ces années lors des différentes manifestations. Nous tenons aussi à rappeler que le respect des accords signés entre les parties prenantes pour maintenir la paix est une évidence. Mais le mieux serait de respecter véritablement les lois proprement dites.
Pour précision, de la mort de Zakariaou en 2011 en passant par Mamadou Cellou Diallo en octobre 2018 jusqu’à Mamadou Karfa ou encore Thierno Sadou, âgé de 18 à 22 ans en ce 15 octobre 2019, nous disons que c’est trop, trop encore c’est trop. Il est temps pour agir afin de changer la donne pour redonner la Guinée une bonne image. Mais 110 morts sans justice, c’est révoltant quand-même.

Mamadou Adama Barry, journaliste indépendant, militant des droits de l’Homme

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